La Fête des sagnes et des sols, c’est une journée entre parenthèse. Un moment suspendu dans le tumulte de nos vies. Une journée où on ralentit pour prendre le temps de se rencontrer.
Une parenthèse de lumière dans nos vies
Si cela fait plus de 15 ans que ce rendez-vous de l’automne a lieu, chaque édition est singulière, parce que nous changeons chaque fois d’endroit. Accueillis par un adhérent du programme rés’eau sagne (programme de préservation des sagnes comme son nom l’indique), nous avons à cœur de mettre en valeur les efforts consentis par ces personnes œuvrant à la préservation d’un patrimoine essentiel, les sagnes, autrement dit les zones humides, milieux régulateurs du cycle de l’eau.

Paysages différents, hôtes différents, histoires singulières, chaque fête a son parfum, sa couleur, son moment. Mais une touche commune, la sagne, le sol , l’eau dans le sol. Cette magie de la rencontre entre les éléments solides et liquides qui dans la sagne créent un nouvel habitat, un univers propre à la rencontre, à l’échange, au tissage de ces liens qui ouvrent les portes.
Cette année ce sont Laure et Igor Marconnet qui nous ont accueillis sur leur ferme de Montredon-Labessonnié, et cette fête fut à leur image. Généreuse, lumineuse, drôle, pétillante, pleine de surprises joyeuses.





Raconter c’est impossible, juste tenter de lire entre les lignes
Je ne vais pas vous raconter la journée, une journée comme ça, ça se vit de l’intérieur et chaque fois que j’essaie de raconter, je passe à côté de l’essentiel. Je vais vous raconter ce qui ne se voit pas, mais qui est bien là. La source de cette lumière.
Tout a commencé par l’Occitan, et l’ami Pèire. Laure et Igor ont rejoint le rés’eau sagne parce que leurs brebis en arrivant dans le Tarn, à Montredon-Labessonnié, ont découvert que vivre les pattes dans l’eau n’était pas forcément source de bien-être. Toute cette flotte dans le sol, elles ne connaissaient pas, elles qui avaient grandi dans les paysages secs du Vercors. Il a fallu s’adapter. C’est là que l’ami Pèire a dit à Laure : « Va donc voir le rés’eau sagne, ils vont t’aider à comprendre et à réfléchir autrement ». De cette rencontre une histoire a commencé, et c’est à l’occasion de cette journée, que Laure et Igor l’ont, à leur manière, racontée.
Pèire avait été le professeur de biologie de Laure au collège, et elle n’avait pas oublié les cours de ce prof à la pédagogie intelligente et pleine de poésie. « Si tu veux comprendre la vie, commence par observer. Dessine-moi un muret de pierres sèches et tout ce que tu vois dessus, plantes animaux… tout ce que tu vois vivre sur ce muret ». Relier arts graphiques et sciences, regard de l’artiste et regard du scientifique, faire dialoguer les sensibilités, les savoirs et compétences, développer chez l’enfant les différentes cordes de l’arc en devenir. Tel a toujours été la philosophie de Pèire, un homme de dialogue et de transmission. Entre langues, entre domaines de savoirs. Ouvrir les yeux et les cœurs pour mieux saisir la beauté du monde. Et tout ça avec sourire et humour pour ne pas gâcher le plaisir.
Un enseignement que Laure n’a pas oublié. Qu’elle a fait sien et dont elle a voulu avec Igor et toute la famille, colorer la journée. Mélanger approche artistique et scientifique pour offrir à tous et toutes le moyen d’observer et de créer selon sa sensibilité. Avec la touche de facétie dont la famille Marconnet a le secret.
C’est parti pour une journée à la sauce « Bouclette et compagnie«









On rit, on réfléchit
Alors qu’un groupe passe la matinée à jouer à la Fresque du sol, un autre suit Laure et Igor dans un jeu de rôles destiné à faire toucher du doigt aux participants la complexité des questions que se posent ces éleveurs de brebis laitières. Avec force humour et pitreries, ils nous emmènent dans leur quotidien rempli de plus de questions que de réponses : Alors les ronces on fait comment pour les contenir sans dépenser du gasoil à gogo ? Et le piétin qui fait souffrir les brebis, comment on le soigne sans produits ? Et la forêt on la laisse gagner ou on privilégie la prairie ? Et la sagne, elle est sympa, mais pour les brebis franchement c’est pas top . Bref, on cherche, tous ensemble, on discute, on propose, on échange, on cherche. Avec modestie. Sans leçon. Juste on cherche. Ensemble.
On crée, on s’instruit
L’après midi c’est florilège d’ateliers pour tous les goûts, pour toutes les approches, . Peinture, gravure, empreintes avec Myriam. Tissage et Art-textile avec Marie. Observation des entrailles du sol dans une fosse pédologique avec Baptiste et Michel, observation plus fine avec Jacques. Découverte de la rivière avec Céline du Syndicat de l’Agoût, des libellules avec l’équipe de l’OPIE du Midi-Pyrénées, des pollinisateurs avec le CPIE des pays tarnais. Observation du soleil avec un bénévole de l’Observatoire de Montredon.
Et bien sûr visite de la sagne avec notre célèbre Coralie. Tout petit bout de sagne où source l’eau en cette fin d’été sec, petit mais précieux.





















On se pose et on s’éblouit
S’en suit un moment magique dans un théâtre de verdure où laure et Igor ont installé des rideaux de théâtre pour poser le décor. Gérard le conteur colporteur arrangue la foule avec ses milles trésors de camelot. Aude-Marie, plus calme mais tout aussi facétieuse, vient avec sa viole de Gambe jouer des airs de Marin Marais dans la douceur du soleil de fin de journée. Enfin s’ouvre le Procès des sagnes, pièce jouée par la compagnie Les Fétiches sur un texte tiré du livre « La Langue des sagnes ». Moment très émouvant où la sagne mise en cause vient parler aux humains qui l’ont oubliée. Moment suspendu, moment de grâce au coeur de la parenthèse de cette journée pas comme les autres.












On mange, on boit, on danse, on partage la vie
Et puis pas de fête des sagnes et des sols sans apéro festif et repas dans la grange. Rien de tel qu’un bon repas pour poursuivre la rencontre, faire durer la magie, rapprocher les coeurs, rire et partager. Les producteurs locaux se sont mis en quatre pour régaler les papilles. La famille Marconnet a transformé sa grange en une salle de banquet illuminée de couleurs.
Au son des voix, de l’accordéon et de la contrebasse de Sylvie et Bruno, la grange se met à danser. Sur les visages, de larges sourires, de la lumière, des étoiles plein les yeux.
























Un grand merci à toute la troupe familiale et amicale de Bouclette et Compagnie, une compagnie de gens heureux qui savent célébrer la vie.
Poursuivre la route
Envie de percer le mystère de la magie qui opère dans ce genre de journée ? Plongez dans la lecture de « La langue des sagnes » ouvrage écrit par Céline Rives-Thomas et réédité par l’Association Les ami.es de Rhizobiòme.

Vous ne connaissez pas encore Laure et Igor ?



Commentaires